Dentelle aux fuseaux en Savoie

Tout l'art de croiser les fuseaux...

 

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L'origine de la dentelle aux fuseaux remonte à la nuit des temps... Des fouilles ont mis au jour des dentelles fabriquées il y a 2 000 ans à Menphis et Antinoë, en Égypte... En Belgique, c'est une femme de pêcheur qui créa, dit-on, la première dentelle en passant des fils dans les mailles d'un filet. A Venise, une jeune fille essaya d'imiter un corail des mers du Sud appelé "dentelle des fées". A Bruges, la Vierge en aurait révélé le secret à une jeune fille et Sainte Brigitte, influencée par la dentelle italienne en aurait rapporté l'idée en Suède.

 
Mais ce sont les grands pèlerinages de Saint Jacques de Compostelle, favorisant un échange artistique et économique sans précédent, qui permettront aux artisans arabes, héritiers des dentelliers égyptiens de transmettre leur savoir. Ainsi, l'histoire de la dentelle aux fuseaux, en France, ne peut se dissocier de celle de la cité du Puy-en-Velay (elle-même ville-étape de l'illustre pèlerinage) et depuis fort longtemps : une fresque du 11e siècle reproduisant un rideau de dentelle atteste de l'ancienneté de la dentelle vellave.

 

Au 18e siècle, 20 000 dentellières en Normandie, 40 000 dans le Nord et le Valenciennois, plus de 100 000 dans la Région du Puy manient les fuseaux et consacrent cet art. La noblesse et le clergé, qui inspirent la mode, sont alors couverts de dentelles (dont le prix considérable les placent au rang d'oeuvres d'art !).

 

Avec la fin du 19e siècle et malgré de nombreuses expositions qui de par le monde consacrent l'art dentellier français, le déclin de la dentelle est irréversible. Concurrence de la dentelle mécanique, mode moins ornementale, scolarisation plus tardive des enfants et surtout désintérêt des dentellières qui préfèrent le travail plus rémunérateur de l'usine, puis les rigueurs de la guerre de 1914-1918 auront raison de cette activité artisanale ancestrale.

 

En Savoie, comme dans d'autres provinces de France, après l'apogée de la dentelle qui suscita l'ornement des coiffes traditionnelles, des "dessous" et du linge de maison au 19e siècle, le travail dentellier pourtant répandu et pratiqué dans toute la région (car source d'appoint financier durant la mauvaise saison), sera oublié de la mémoire collective, hormis celui pratiqué à Tignes notamment et immortalisé par l'iconographie et les cartes postales anciennes.

 

Pourtant, l'art de la dentelle aux fuseaux n'est pas mort. Pour preuve, la renaissance des centres traditionnels comme celui du Puy-en-Velay ou de Bayeux. Des initiatives individuelles ou associatives comme celle de l'Écomusée du Lac d'Annecy à Sevrier, permettent également de présenter et de transmettre ce savoir-faire au travers de cours, de stages, d'expositions, de salons... Ils s'inscrivent alors dans une tendance qui se confirme au fil des ans et vise à redonner toutes ses lettres de noblesse à la dentelle, en puisant aux sources ancestrales de cet art de quoi alimenter et vivifier la création contemporaine.